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De salarié fauché à trader millionnaire: le secret !

Tu en as marre de la “rat race”, tu es au bon endroit, tu vas enfin savoir comment devenir millionnaire. Pour cela, il te faudra au préalable: un doctorat et/ou un diplôme d’ingénieur et/ou master dans un domaine scientifique, des connaissances en programmation et mathématique, beaucoup de temps et de détermination. En effet, je n’ai pas promis de délai pour atteindre la richesse ni de la facilité, les marchés restent avec une efficience faible comme abordé dans cet article.

Dans cet article, je vais aborder le moyen d’effectuer du trading en tant qu’investisseur particulier (appelé “retails” en anglais) par opposition aux investisseurs institutionnels en anglais (“institutional” en anglais). En effet, les investisseurs institutionnels ont accès à des données, des calculateurs et des moyens humains bien plus importants que les investisseurs particuliers. Cependant, leur taille et leur objectif de performance peuvent aussi être un frein qui donne un avantage aux investisseurs particuliers avec des connaissances et une détermination suffisante.

Dans une première partie, je vais définir le terme de trader ainsi que son rôle en plus des concepts de “edge” et “prime de risque”. Dans une seconde partie, je définirais ce qu’est une stratégie de trading et les différentes catégories existantes. Dans une troisième partie, je débuterai la construction d’une stratégie de trading. Pour cela je définirais les cadres de la stratégie, les stratégies possibles rassemblé dans un portefeuilles et la mise en pratique. Enfin, je conclurais cet article et je rappellerai les leçons fondamentales à garder à l’esprit en tant qu’investisseur particulier. 

Sommaire

1. Définitions

A. L'analyse technique

Je vais aborder le trading sous un angle quantitatif. Je ne vais donc pas aborder l’analyse technique, qui peut être utile dans sa forme légère (support et résistance ou momentum) mais relève plus en pratique de l’astrologie en pratique dès les figures chartistes les plus complexes (double bottom, head and shoulders, …). En effet, il a pu exister ou époque où ce type de technique pouvait fonctionner. Nous pouvons par exemple citer Jessy Livermoore (1877-1940), trader de légende qui a fait fortune pendant la crise de 1929 et adepte de ce type de technique.

Cependant, il faut se remettre dans le contexte de l’époque ou l’accès à l’information était beaucoup plus complexe et difficile qu’aujourd’hui. À cette époque, accéder à un graphique était difficile, sans parler de tracer des figures sur celui-ci. Là ou tracer une moyenne mobile prend quelques secondes aujourd’hui cela était beaucoup plus complexe à l’époque. Connaître le prix le jour J ou la veille à la clôture du marché était possible grâce aux journaux mais visualiser l’évolution d’un prix sur différents horizons de temps et tracer des informations supplémentaires était réservé à des professionnelles.

Ainsi, l’utilisation de courbes de type “arbres de Noël” pour trouver des formes sur un graphique et nous indiquer si le prix va monter ou descendre, comme visible sur la Figure 1, ne sont pas de la partie dans cet article et ne sont plus fonctionnelles aujourd”hui.

Figure 1 : Démonstration de l’analyse technique pratiquée sur YouTube par de nombreux auto-proclamés “traders” vivant essentiellement de la vente de formations. Source : Benjamin Finance.

B. Le trading

i. Trader ou investisseur

Le terme “trader” est un verbe anglais qui se traduit par “opérateur” ou “opératrice” de marchés financiers. Ainsi, sémantiquement, tout le monde sur un marché est un “trader” et effectue du “trading” (achat et vente d’instruments financiers). Cependant, dans le domaine financier il est plus courant d’associer un trader à un spéculateur dominé par un horizon court ou moyen terme et un investisseur destiné à des horizons plus long terme. L’investisseur est également plus intéressé par les fondamentaux micro-économique des actifs (et parfois macro-économique) alors que traders a une palette plus large d’outils et peut utiliser des modèles statistiques, et s’intéresser aux propriétés mathématiques d’un actif ou d’un instrument financier en restant désintéressé des fondamentaux.

Prenons un exemple, supposons que deux personnes souhaitent acheter une maison, un trader et un investisseur. 

  • L’investisseur va regarder le quartier où se situe la maison, le prix au m2. Il va également se renseigner sur les perspectives d’évolution du quartier en prenant connaissance du Plan Local d’Urbanisme (PLU) de la ville. L’investisseur sera peut-être amené à interroger les voisins de la maison ou de l’appartement afin d’avoir leur avis sur l’environnement. Il voit que le quartier à une bonne trajectoire de développement planifiée (développement d’école et de commerces de proximité). Il se positionne donc à l’achat au prix du marché dans un objectif d’obtenir une appréciation du capital sur le long terme et un rendement croissant par l’attrait qu’auront les potentiels futurs locataires pour son logement.
  • Le trader peut collecter des données sur la transaction des dernières maisons dans la zone et détecter un retournement de tendance. Les prix semblent monter et d’un coup il semble baisser. En effectuant une analyse de saisonnalité, il se rend compte que les prix baissent de 2% en hiver en moyenne et remontent de 1-2% en été. Dans la zone où se situe la maison, il constate une baisse de 4%. Après une analyse des données radars (via Google Maps) rien ne semble justifier une baisse de prix aussi élevée (pas de gros projet dans la zone qui démarre). Ainsi, il voit une possibilité d’arbitrage avec le printemps qui arrive. Il va donc acheter la maison et la revendre juste après en y appliquant une baisse normale de marché (2%). Ainsi il empoche la différence (2% car acheté -4% et revendu -2%).

Il faut noter deux choses dans mon exemple : 

  • L’investisseur est exposé au marché : si le marché immobilier dans son ensemble de met à être en difficulté il pourra être impacté. Bien sûr, ce risque peut être réduit en choisissant une localisation de qualité, un quartier en développement positif, etc.

Le traders n’est pas exposé au marché : quelque soit l’évolution du marché le trader s’en fiche de son objectif est de tirer partie des anomalies de prix pour faire de l’argent. Parfois, le traders peut être exposé au marché, mais c’est toujours dans un objectif est de profiter d’une anomalie.

ii. Types de trading

Il existe deux grandes catégories de traders :

  • Discrétionnaires : ils prennent leurs décisions en se basant sur leur analyse, leur expérience et leur interprétation des marchés.
  • Quantitatifs : ils s’appuient sur des modèles mathématiques et statistiques pour automatiser ou guider leurs décisions d’investissement.

Avec le développement de l’informatique, les traders discrétionnaires ont progressivement perdu en importance. Ceux qui exercent encore aujourd’hui sont, dans la majorité des cas, assistés par des outils quantitatifs qui les aident à prendre des positions sur les marchés.

En effet, il ne s’agit pas simplement de tracer quelques courbes ou d’utiliser deux indicateurs techniques sur un graphique pour prendre une décision pertinente. Les acteurs professionnels s’appuient sur des modèles quantitatifs bien plus sophistiqués, capables d’analyser de grandes quantités de données et de détecter des opportunités de marché avec davantage de rigueur et de précision.

iii. Rôle du trader

Pour résumer, le trader peut être vu comme : 

  • Un régulateur de marché : il est régulateur dans le sens ou lorsqu’une anomalie apparaît il profite de l’écart pour faire de l’argent. S’il existe un nombre important de personnes pour profiter de cet écart alors l’anomalie disparaît et c’est le plus rapide qui peut en profiter. C’est donc les moyens techniques qui font la différence (rapidité d’accès à l’information et aux calculs).
  • Un apporteur de liquidité : en reprenant l’exemple de la maison, il permet à une personne vendeuse de rapidement se débarrasser de son bien et à une personne acheteuse de rapidement accéder à un bien immobilier. Il favorise donc la liquidité sur un marché.
  • Un opportuniste : car il peuvent participer à amplifier certains mouvements spéculatifs. Par exemple, si le cours d’une matière première se met à monter, suite à guerre par exemple, des traders peuvent massivement acheter dans l’objectif de revendre rapidement plus chère. Si tout le monde effectue la même chose alors cela amplifie le mouvement à la hausse comme à la baisse.

C. Les concepts: “edge” et “prime de risque”

À partir de la définition du trader précédemment établi nous pouvons en déduire que l’objectif d’un trader est de détecter des anomalies dans la détermination des prix par le marché dans tous les types d’actifs et d’instruments financiers. Nous avons pris un exemple simple au travers du marché immobilier mais l’anomalie dont le trader peut profiter peut également être plus complexe comme dans le prix d’un produit dérivé où la volatilité inclus dans le prix de l’option (la prime payé) d’une option peut diverger de la réalité. 

Ainsi, il n’existe que deux moyens de faire de l’argent en trading : 

  • En utilisant un “edge” : peut se traduire par ce que l’on appelle un avantage compétitif, c’est-à-dire une information que vous avez mais que le marché n’a pas. Par exemple, vous travaillez pour une société cotée au CAC40 et vous savez, avant que l’information soit publique, qu’elle va acquérir une autre société cotée en bourse à un prix élevé (supérieur à sa capitalisation boursière). Vous pouvez donc acheter des actions de la société ciblé par l’achat et revendre après l’acquisition en empochant une plus value. Vous avez ici un avantage informationnel, c’est votre edge. Bien évidemment ce type de pratique est illégale et relève du délit d’initié.
  • En prenant une “prime de risque” : certains produits financiers peuvent avoir incorrectement “pricés” pour une raison valable. Par exemple, vendre des puts (options de ventes) comme un assureur peut être à première vue rentable car la probabilité de perte est faible… sauf si le marché se retourne violemment comme dans le cas d’une crise. Ainsi, vous pouvez gagner de l’argent mais ce surplus est rémunéré par un risque qu’il faut accepter de prendre ou non. Ainsi, toutes les primes de risques ne sont pas bonnes à prendre car certaines peuvent s’assimiler à ramasser des pièces devant un camion. Une prime de risque doit se mesurer en fonction du risque de perte en capital.

Trouver un edge n’est donc pas une mince affaire et peut nécessiter plusieurs jours ou mois de recherche. De plus, un edge peut disparaître ou devenir trop coûteux et complexe à exploiter si trop d’acteurs finissent pas exploiter le même avantage compétitif. À l’inverse, récolter des primes peut sembler plus simple et accessible mais nécessite la mise en œuvre d’une exécution plus fine avec une excellente gestion du risque. Une prime de risque s’explique donc pas la structure du marché lui-même, ce qui garantit une pérennité dans le temps. Il est donc important de déterminer l’”edge” et/ou la “prime de risque” exploité par la ou les stratégies que l’on vise.

2. Stratégie

A. Définition

Une stratégie de trading se définit comme l’ensemble des moyens techniques et méthodologiques visant à exploiter un edge (avantage) ou une prime de risque sur les marchés financiers.

Il serait naïf (ou extrêmement ambitieux) de penser que l’on peut encore découvrir une stratégie totalement nouvelle que personne n’aurait jamais identifiée. En effet, les marchés financiers sont étudiés depuis des décennies par des chercheurs, des institutions et des professionnels, sous des angles très variés. La majorité des grandes familles de stratégies a donc déjà été identifiée et catégorisée, nous y reviendrons plus loin.

Par ailleurs, le marché est composé d’un ensemble d’acteurs aux moyens, contraintes et objectifs très différents. On peut notamment citer (liste non exhaustive) :

  • Les fonds de pension : associés à l’épargne des retraités, leur objectif est de faire fructifier et sécuriser le capital sur le long terme ;
  • Les banques : elles interviennent pour leurs clients ou pour leur propre compte, avec des stratégies allant du market making à la prise de positions directionnelles ;
  • Les hedge funds : structures souvent très spécialisées, cherchant à générer de la performance absolue, indépendamment des conditions de marché ;
  • Les investisseurs particuliers (retail) : ils disposent généralement de moins de ressources, mais peuvent être plus flexibles et opportunistes ;
  • Les assureurs, fonds souverains et gestionnaires d’actifs : acteurs institutionnels avec des contraintes réglementaires fortes et des horizons d’investissement longs.

En pratique, ce n’est pas uniquement la stratégie en elle-même qui importe, mais la manière dont elle est mise en œuvre face aux autres acteurs du marché. Une même idée peut être très rentable pour certains et totalement inefficace pour d’autres. Si vous êtes plus rapide, mieux équipé ou plus rigoureux que vos “adversaires”, vous pourrez capter une part plus importante de la performance. À l’inverse, si vous êtes moins performant, vous ne récupérerez que les opportunités résiduelles.

Les résultats dépendent également fortement des paramètres de la stratégie (fréquence d’exécution, horizon d’investissement, gestion du risque, coûts de transaction, etc.), que nous aborderons plus loin.

Prenons l’exemple des entrées de sociétés dans l’indice S&P 500. En pratique, dès l’annonce de l’intégration d’une entreprise dans cet indice, son cours peut augmenter significativement, historiquement, de l’ordre de plusieurs pourcents (par exemple autour de 8 %) avant même son inclusion effective. Ainsi, au moment de l’intégration officielle, l’impact sur le prix devient souvent limité, car l’information est déjà intégrée dans les cours. Cet alpha étant bien connu, il ne suffit pas d’identifier l’opportunité : il faut être capable d’agir rapidement. Comme évoqué précédemment, plus une opportunité est connue, plus la compétition est forte. Dans ce contexte, ce sont alors les moyens techniques qui font la différence : vitesse d’exécution, accès aux infrastructures (serveurs proches des marchés), qualité des données ou encore puissance de calcul.

B. La compétition

En tant que trader particulier (retail), vous êtes en compétition directe avec certains des acteurs les plus sophistiqués au monde : les grands hedge funds, les banques d’investissement et les firmes de trading haute fréquence. Ces acteurs disposent d’infrastructures extrêmement performantes, souvent situées à proximité immédiate des places de marché, ainsi que d’équipes composées d’ingénieurs et de chercheurs issus des meilleures universités.

Autrement dit, ils sont capables d’exploiter des opportunités (edges) en quelques microsecondes, bien avant qu’un particulier puisse réagir. Il faut donc être lucide, entrer dans le trading, c’est entrer dans un environnement hautement compétitif, où les gains des uns sont souvent les pertes des autres. Vous êtes dans une arène à la “Hunger Games”,les meilleurs acteurs captent la majorité des opportunités et peuvent même tirer parti des erreurs ou des retards des autres participants.

Cette dynamique est bien décrite par Andrew Lo (professeur au MIT) à travers la théorie des marchés adaptatifs. Selon cette approche, un marché financier peut être vu comme un écosystème biologique dans lequel les stratégies de trading sont comparables à des espèces. Certaines prospèrent pendant un temps, puis disparaissent ou s’adaptent face à la concurrence. Par exemple, le trading haute fréquence a connu une forte expansion dans les années 2000–2010. Aujourd’hui, seules quelques firmes dominent encore ce domaine, après un processus de sélection proche d’un mécanisme darwinien : les moins performantes ont disparu ou se sont reconverties.

Un cas emblématique de la confrontation entre acteurs est celui de l’épisode “Short squeeze” de GameStop. Présenté dans les médias comme une victoire des particuliers (“Main Street”) contre les institutions (“Wall Street”), cet événement est en réalité plus nuancé. Certaines institutions, comme Citadel, ont largement bénéficié de l’augmentation massive des volumes de transactions via le Payment For Order Flow (PFOF). Autrement dit, même dans des situations perçues comme défavorables, les acteurs institutionnels trouvent souvent des moyens de tirer profit de la dynamique du marché.

C. Paramètres

Pour construire une stratégie robuste, il est essentiel de prendre en considération plusieurs paramètres résumés dans le Tableau 1 comparé entre les particuliers et les institutionnels.

Paramètres Explication Institutionnels Particuliers
Capital Montant disponible pour investir. Influence le slippage, la capacité à entrer/sortir du marché et la scalabilité de la stratégie. ~10 M€ à plusieurs milliards € ~1 000 € à 500 000 €
Horizon de temps Fréquence de trading (du très court terme au long terme). Impacte les coûts, la concurrence et les besoins technologiques. Microseconde à quelques jours Minutes à plusieurs années
Marché Type d’actifs tradés (actions, dérivés, crypto, matières premières) et leur liquidité. Marchés très liquides (actions large cap, futures, FX) Accès plus limité, souvent actions, ETF, crypto
Edge / prime de risque Source de rendement : inefficience de marché ou compensation du risque pris. Edges faibles mais exploités à grande échelle (statistiques, arbitrage) Edges plus simples, souvent moins exploités (comportementaux, long terme)
Coûts de transaction Frais (commissions, spread, slippage). Impact majeur sur les stratégies fréquentes. Très faibles (accès direct marché) Plus élevés (courtiers, spreads)
Infrastructure Moyens techniques (serveurs, latence, données). Très avancée (colocation, data temps réel) Limitée (plateformes de trading classiques)
Contraintes réglementaires Règles encadrant l’activité (risque, reporting). Très fortes Faibles à modérées

Tableau 1 : Résumé des différents paramètres d’une stratégie de trading.

Par exemple, un particulier ne peut pas rivaliser sur des horizons de temps très courts (nanosecondes ou microsecondes). En revanche, il peut exploiter des horizons plus longs, où la concurrence technologique est moins intense. De même, un capital plus faible permet d’être plus agile et d’éviter certains problèmes de liquidité. Ainsi, l’objectif n’est pas de rivaliser directement avec les institutions sur leur terrain, mais d’identifier des niches où leur avantage est moins marqué.

D. Catégories

L’objectif de cet article n’est pas de dresser un état de l’art exhaustif, mais de présenter les grandes familles de stratégies de trading :

  • Arbitrage : exploiter des différences de prix entre deux actifs ou marchés similaires (ex : arbitrage statistique, arbitrage de fusion).
  • Event-driven : tirer parti d’événements spécifiques (entrée dans un indice, fusion-acquisition, décisions politiques, conflits géopolitiques).
  • Trend following (suivi de tendance) : identifier et suivre des mouvements directionnels persistants sur les marchés.
  • Mean reversion (retour à la moyenne) : parier sur le fait qu’un prix reviendra vers sa moyenne historique après un écart excessif.
  • Market making : fournir de la liquidité en plaçant des ordres d’achat et de vente simultanément.
  • Factor investing : exploiter des facteurs de risque connus (value, momentum, low volatility, etc.).

Ces stratégies sont largement utilisées par les hedge funds et autres institutions financières. Elles ne sont pas exclusives et il est courant de les combiner. Par exemple, un événement majeur comme un conflit géopolitique peut provoquer un choc initial sur les marchés (profitant aux stratégies event-driven), puis engendrer une tendance durable (exploitée par les stratégies de trend following).

3. Créer un stratégie "retails"

A. Cadre de la stratégie

i. Le "edge" des "retails"

Bien que le trading quantitatif pur soit extrêmement difficile à exploiter pour un particulier, notamment face à la concurrence des acteurs institutionnels, il existe néanmoins certains edges accessibles aux traders individuels. En voici une liste non exhaustive :

  • Taille des positions : un particulier peut prendre des positions relativement petites sans impacter le marché. Cela permet d’entrer et sortir rapidement, même sur des actifs peu liquides, là où un fonds institutionnel provoquerait du slippage.
  • Flexibilité et rapidité décisionnelle : contrairement aux grandes structures, un particulier n’a pas de comité d’investissement, ni de contraintes administratives lourdes. Il peut donc agir rapidement sur une opportunité.
  • Accès à des niches de marché : les particuliers peuvent se positionner sur des actifs ou stratégies non scalables, ignorés par les gros acteurs (small caps, micro-events, inefficiences locales).
  • Utilisation du levier (avec prudence) : certains particuliers peuvent utiliser du levier plus librement que des institutions fortement régulées. Cela peut amplifier les gains, mais aussi les pertes !
  • Horizon d’investissement adaptable : un particulier peut facilement passer du court au long terme, alors que certaines institutions sont contraintes par leur mandat.

Cependant, ces avantages ne garantissent en rien la réussite. Il est essentiel de garder à l’esprit les désavantages majeurs des particuliers :

  • Effet d’échelle limité : un particulier ne peut pas exploiter des stratégies à faible marge nécessitant des volumes massifs.
  • Moins bonne exécution : accès indirect au marché, spreads plus larges, latence plus élevée.
  • Moins de données et d’outils : les données de qualité institutionnelle sont coûteuses et rarement accessibles. C’est un énorme avantage pour les professionnelles et un énorme désavantage pour les particuliers.
  • Moins de diversification et de robustesse : portefeuilles souvent moins diversifiés, donc plus exposés au risque spécifique. 

ii. Critères de la stratégie

Même si l’histoire du David contre Goliath peut faire rêver, en réalité c’est plus la morale du loup et l’agneau de la fable de Jean de la Fontaine qui s’applique (“Le raison du plus fort est toujours la meilleure […]”). En bref, si vous n’avez pas les armes pour jouer dans l’arène des Hedge Fund et des institutionnels, n’allez pas dans l’arène avec eux mais changez d’arêne ! Ainsi, les institutionnels sont majoritairement présents sur des marchés liquides ou le passage d’ordre avec un volume important ne posera pas de “slippage” (d’impact sur le prix) trop important et pourra masquer leur visibilité.

Il faut donc aller là où les institutionnels regardent peu, mal, ou avec des contraintes qui les handicapent. En effet, les gros fonds (type Citadel ou Two Sigma) doivent déployer des centaines de millions. Par conséquent, ils évitent tout ce qui ne scale pas. Ainsi, nous devons exploiter des stratégies qui se limites 5k–50k€ par trade sur : 

  • Des marchés comme les Small caps (US / Europe) ;
  • Des instrument financier peut liquide : comme des ETF thématique peu liquides ;
  • Des Évènements Situations spéciales (spin-offs, micro events).

En bref, il faut prioriser des inefficiences petites, locales, peu « scalables » (faible passage à l’échelle) avec un horizon court à moyen terme (pas de trading haute fréquence (HFT)) en utilisant des data alternatives ou bruitées sur actifs et instruments financiers ignorés ou contraints

B. Les stratégies possibles

i. Résumé

À partir du cadre défini précédemment nous pouvons sélectionner un ensemble de stratégie pertinente à exploiter pour un investisseur “retails” parmi les stratégies existantes. Le Tableau 2 effectue un résumé des stratégies possibles pour un investisseur “retails”.

Stratégie Marché Typologie Horizon Edge principal Difficultés Rendement brut Scalabilité
Momentum adapté Actions / Crypto Trend-following Jours–semaines Inertie prix Moyenne 5–20% Moyenne
Mean reversion Actions / Crypto / Forex Stat arb Minutes–jours Excès court terme Moyenne 10–30% Faible
Overnight effect Actions Factor Overnight Structure marché Faible 5–15% Élevée
Post-earnings drift Actions Event-driven Jours Sous-réaction info Moyenne 10–25% Moyenne
Lead/Lag Multi-asset Relative value Minutes–jours Retard info Élevée 10–40% Moyenne
Closed-End Funds Actions Relative value Jours–semaines Discount NAV Faible 5–12% Faible
Cash & Carry Crypto Arbitrage Jours–mois Désalignement spot/futures Moyenne 5–15% Moyenne

Tableau 2 : Résumé des différentes stratégies possibles.

Je ne vais pas détailler l’ensemble des stratégies, je ne détaillerais que celle qui me semble être la plus pertinente dans la prochaine section. Les stratégies présentées possèdent tous les critères suivants : 

  • Une scalabilité faible moyenne évitant une compétition frontale avec la plupart des Hedge Fund
  • Un accès au données gratuit nous permettant de prototyper une solution à faible coût.

ii. Détails des stratégies

a. Momentum

Le momentum consiste à exploiter l’inertie des prix : un actif qui a récemment bien performé a une probabilité plus élevée de continuer sur sa trajectoire à court ou moyen terme. Ce phénomène est largement attribué à des biais comportementaux (retard d’ajustement à l’information, effet de foule) ainsi qu’à des flux institutionnels progressifs. Pour un particulier, cette stratégie est pertinente sur des horizons de quelques jours à quelques semaines, notamment sur des actifs moins efficients.

Par exemple, un investisseur sélectionne chaque semaine les 10 actions ayant le mieux performé sur les 3 derniers mois parmi un univers de small caps européennes. Il prend position à l’achat sur ces titres et les conserve tant que leur performance relative reste élevée, en sortant dès qu’un retournement de tendance est détecté.

Dans un article précédent, j’ai abordé l’un de ces indicateurs appelé MAD qui permet la mise en œuvre d’une stratégie momentum. Bien que la stratégie soit extrêmement performante sur le papier et correctement analysée, après la publication de l’article la performance de cet indicateur s’est fortement réduite. Ainsi, il est important de noter que beaucoup d’inefficiences sont arbitrées au fil du temps. Autrement dit, plus une stratégie est connue, plus son avantage disparaît ce qui rend son exploitation de plus en plus complexe aujourd’hui. Lire des papiers de recherche ne suffit pas, il faut le chercheur qui rédige ce papier.

b. Mean reversion

La stratégie de mean reversion repose sur l’idée qu’un prix qui s’écarte excessivement de sa moyenne historique finit par y revenir. Ces écarts sont souvent causés par des réactions excessives du marché à court terme (panique, euphorie). Ce type de stratégie est particulièrement adapté aux particuliers car il fonctionne sur des horizons courts et sur des actifs peu liquides, souvent délaissés par les institutionnels.

Par exemple, un trader identifie une action qui chute de 8 % en une journée sans nouvelle fondamentale majeure. Il prend une position à l’achat en anticipant un rebond technique dans les jours suivants, puis revend une fois que le prix revient vers sa moyenne récente.

c. Overnight effect

L’overnight effect correspond au fait qu’une partie significative de la performance des marchés actions se produit en dehors des heures d’ouverture. Cela s’explique notamment par les annonces publiées après la clôture, les ajustements de portefeuille institutionnels et les flux passifs.

Par exemple, un investisseur achète un panier d’actions à la clôture du marché et les revend à l’ouverture le lendemain. Cette stratégie est répétée quotidiennement afin de capturer la prime de rendement associée aux mouvements hors séance.

d. Post-earnings announcement drift

Cette stratégie exploite la sous-réaction du marché après une publication de résultats. Lorsqu’une entreprise annonce des résultats supérieurs aux attentes, le marché ajuste progressivement le prix sur plusieurs jours, créant une opportunité.

Par exemple, une entreprise publie des résultats bien au-dessus des prévisions et son cours augmente de 5 % le jour même. Un trader prend une position à l’achat après l’annonce, anticipant que le prix continuera de monter dans les jours suivants en raison de la révision progressive des anticipations.

e. Lead / Lag

Les stratégies lead/lag exploitent les décalages d’ajustement entre des actifs corrélés. Certains actifs réagissent plus rapidement à l’information (leaders), tandis que d’autres suivent avec un retard (laggards). L’objectif est d’anticiper ce rattrapage.

Par exemple, le prix du pétrole augmente fortement, mais certaines actions du secteur énergétique n’ont pas encore réagi. Un trader achète ces actions “en retard” en anticipant qu’elles vont rattraper le mouvement initié par la hausse du pétrole.

f. Closed-End Funds (Relative value)

Les Closed-End Funds (fonds fermés) se négocient souvent à un prix différent de leur valeur nette d’inventaire (NAV). Cette différence (discount ou premium) peut être exploitée lorsqu’elle devient excessive.

Par exemple, un fonds fermé se traite avec une décote de 15 % par rapport à la valeur de ses actifs. Un investisseur achète ce fonds en anticipant que cette décote va se réduire avec le temps, générant un gain indépendamment de l’évolution du marché.

g. Cash & Carry

La stratégie de cash & carry consiste à exploiter la différence entre le prix spot d’un actif et son prix sur le marché des futures. Cette stratégie est souvent neutre au marché et repose sur la convergence des prix à l’échéance.

Par exemple, le Bitcoin se négocie à 30 000 € sur le marché spot, tandis que son future à 3 mois est à 31 000 €. Un trader achète le Bitcoin au comptant et vend le future simultanément. À l’échéance, les deux prix convergent, permettant de capturer la différence. Ce type de fond utilisant cette stratégie existe déjà et il est disponible ici. Pour en savoir plus sur la stratégie en elle même je vous recommande cette vidéo.

iii. L'effet de levier

À première vue, ces stratégies peuvent être vues comme intéressantes car elles ont une performance inférieure à un investissement passif sur un marché actions comme le S&P500 et elle nécessite un effort dans leur construction et leur maintenance. Cependant, il est important de prêter attention à la volatilité de ces stratégies.

Si par exemple, une des stratégie offre une rentabilité de 5% par an avec une volatilité de 1% alors il possible d’appliquer un levier de, par exemple, 1:3 afin d’obtenir une rentabilité de 15% avec un volatilité de 3% ce qui reste largement acceptable. La clé de la mise en œuvre de ces stratégies va être dans la gestion du risque afin d’obtenir une rentabilité intéressante tout en conservant une perte la plus faible possible car des événements extrêmes peuvent détruire le capital investi. Il faut donc chercher à maximiser le ratio de Sharpe et plus précisément le ratio de Sortino.

iv. Avertissement

Je me répète mais ces stratégies ne sont pas “plug and play”. Ce n’est pas parce que vous en impliquez une que vous allez faire de l’argent à cout sûr. Il vous faut adapter ces stratégies afin de soit être supérieur au marché soit être sur un segment qui n’est pas exploité par le marché. C’est un véritable travail de chercheur à mener !

C. Le portefeuille

En pratique, il ne suffit pas de sélectionner une stratégie mais il est préférable de constituer un portefeuille de stratégie. Le marché n’est pas stable et certaines stratégies sont plus susceptibles de fonctionner dans certains environnements de marché. 

Par exemple, lors d’un mouvement haussier important les stratégies de trend following sont à privilégier. A l’inverse, après un marché baissier ou haussier extrêmes nous pouvons espérer un retour à la moyenne ce qui est adapté pour les stratégie de type mean-reversion. Ainsi, combiner dans un portefeuilles une stratégie mean reversion avec une stratégie de type trend following fait tout son sens. 

Comme pour la construction de portefeuille le plus pertinent reste de construire des stratégies décorrélés entre elles afin d’avoir un rendement intéressant tout en minimisant la volatilité. Afin d’avoir un portefeuille, il est important de sélectionner les stratégies n’ont pas en fonction de leur corrélation statistiques mais plus en fonction de leur corrélation au sens fonctionnel et économique. Ainsi le portefeuille de stratégie équipondéré qu’il me semble pertinent à utiliser peut être résumé dans le Tableau 3.

Stratégies Dépendance marché Résumé Type (Edge vs Prime)
Momentum Pro-cyclique Inertie des prix (sous-réaction, comportements grégaires) Mix (edge + prime comportementale)
Mean reversion Anti-cyclique Excès court terme / sur-réaction Edge
Overnight Structurel Prime de risque overnight + news hors séance Prime de risque
Closed-End Funds Relatif / neutre Inefficience NAV (discount/premium) Edge
Cash & Carry Quasi market neutral Désalignement spot vs futures (basis) Prime de risque (majoritairement)

Tableau 3 : Résumé des différentes stratégies équipondérées sélectionnées.

D. La mise en pratique

i. Sources de données

Pour implémenter ces stratégies, plusieurs éléments sont nécessaires :

  • Données de marché gratuites : Yahoo Finance, Alpha Vantage, votre courtier (Interactive Brokers de préférence) ;
  • Données crypto : Binance, Coinbase ;
  • Données plus avancées (souvent payantes) : Bloomberg, Refinitiv.

ii. Langages et outils

Pour le développement de la stratégie je vous recommande Python qui est aujourd’hui le langage de programmation standard accompagné des librairie suivante :

  • pandas : manipulation de données ;
  • numpy : calcul scientifique et sa version améliorée pour le GPU (cupy) ou PyTorch ;
  • scikit-learn : modélisation ;
  • backtrader, zipline : backtesting :

iii. Exécution

Interactive Brokers reste le courtier de référence pour mettre en œuvre les stratégies de trading automatisé. C’est un courtier utilisé par des institutionnels. De plus, l’API de Interactive Brokers (IBKR) est souvent considérée comme l’une des plus robustes pour :

  • Automatiser des stratégies,
  • Accéder à de nombreux marchés,
  • Gérer les ordres efficacement.

4. Conclusion

Dans cet article, nous avons vu comment il était possible, sur le papier, pour un ”trader” particulier de faire de l’argent en trading. Se lancer dans ce type d’activité nécessite beaucoup de prérequis. Tout d’abord, il faut de solides connaissances en mathématiques et statistiques, à minima à un niveau master. Ensuite, il faut beaucoup de temps et de détermination pour construire un portefeuille de stratégie solide, l’évaluer correctement, le mettre en production et le maintenir dans le temps. En effet, chaque “edge” exploité a un durée de vie limitée dans le temps il faut donc constamment être à la recherche d’un nouvel “edge”. Concernant, l’accumulation de “prime de risque” il faut une gestion du levier et du risque très fine afin d’éviter de perdre une grande partie de son capital et pouvoir rester dans la course.

En bref, il est recommandé pour l’immense majorité des particuliers de ne pas se lancer dans ce type d’activité et de privilégier l’investissement passif à long terme. Cependant, j’apprécie les qualités de courage et de détermination que peuvent avoir les gens si vous souhaitez démarrer dans ce type d’activité, je vous recommande de consulter la liste des ressources disponibles dans mon blog.

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